Temoignage au Poverello Banneux

Un témoignage ? Mais que me veut-on ? Etre témoin de quoi, de qui ?

J’ai passé mes mois de mai et juin à Banneux en tant que bénévole, et alors ? Il est vrai que cela s’est très bien déroulé, mais j’ai l’impression de n’avoir rien à dire… Etrange, d’habitude, je palabre si facilement sur des bêtises, et à présent, je bloque ! Ne serait-ce pas là le signe que, pendant mon séjour au Poverello, j’ai appris à « être » simplement, sans discours inutiles, sans poser mille questions ni chercher à tout changer, tout expliquer ? Cette discrétion, bien dans l’esprit du Poverello, m’a plu d’emblée. J’ai été directement plongée dans le concret du quotidien et amenée à poser des actes en tous genres…Ceci explique peut-être les difficultés que j’éprouve à tirer des mots de mon stylo : ce que je tente d’exprimer est de l’ordre du vécu.

Poser des actes,disais-je ? Mais je je faisais rien, vraiment rien d’extraordinaire au Poverello : quelques tâches ménagères,courses pour l’un ou l’autre , une « popotte » très maladroite et autres catastrophes… Parfois, une « excursion-chantier » en Ardennes ou une « opération-ravitaillement » à Tongres. La routine, quoi ! Et pourtant, un petit sourire persistait, chaque matin, sur mon visage… Pourquoi ? (Enfin, chaque matin, j’exagère : j’avais mes sautes d’humeur aussi.)

Un jour, au café de 16 :00 h , un pensionnaire me dit : « Tu te sens bien ici, hein ? » Je fus un peu interloquée par cette remarque. Celui qui me l’avait adressée assurément souffrait d’être là, à traîner ses journées dans l’ennui… Comment comprendre,dès lors, qu’une jeune fille ait l’air de se réjouir de partager son quotidien dans un repaire de misère et de s’enthousiasmer d’une stupide vaisselle ? Ce fut très clair pour moi : jamais je ne pourrai comprendre ce qu’est le Poverello pour ceux qui le vivent de l’intérieur. Il est déjà perçu tellement différemment par chacun des pensionnaires de long cours ou en dépannage, arrivés là avec un bagage plus ou moins lourd à porter ! Fini donc de chercher à se mettre à la place des gens, mais seulement tenter de vivre avec eux, de parier un « mieux-être » dans ce que l’on peut s’offrir mutuellement.

« Tu te sens bien ici, hein ? » Oui, c’était vrai. Mais je craignais que l’on me demande pourquoi, car je n’aurais su quoi dire. Aujourd’hui, avec le recul, je serais capable de répondre vaguement : c’est confrontée à la dure réalité de chacun, dans la rencontre quotidienne et dans les actions que j’ai cru apercevoir un sens…

Je dois en dire plus sûrement pour me faire comprendre, car il apparaît paradoxal que ce soit dans le non-sens apparent de la souffrance que je prétende découvrir quelque chose ! De toute façon, la question du sens est tellement obsédante et sans pitié ! Elle se dérobe à nous quand on cherche… On cherche et l’on se perd par le manque, dans les méandres de l’alcool et des médicaments, dans la violence ou la dépression… Tous, nous souffrons… et moi aussi ! Tout le monde cherche son chat ! Mais n’est-ce pas au fond du trou qu’un clin d’œil se révèle salvateur ? Dans les ténèbres que luit la lumière ? N’est-ce pas en crise que l’entraide est la plus intense ? Vu de cette manière, peut-être est-ce compréhensible que j’aie reçu de l’espoir en pleine figure au Poverello !

Oh ! Mais c’est si facile de dire tout cela, et je suis encore bien jeune et naïve ! Tout ce que je raconte me semble affreusement pathétique, mais j’ n’arrive pas à m’exprimer autrement.

En fin de compte, trouver un sens, ça ne veut rien dire. C’est juste le vent qui tourne et vous pousse dans le dos, qui vous dit : « Ca vaut la peine, accroche-toi ! » Il vous donne l’envie d’étreindre la vie et les êtres. Quand j’ai quitté le Poverello, je voulais si fort embrasser tout le monde, si fort… Voilà, c’est tout : c’est cela , le sens !

Mais, entendons-nous bien : si vous avez par cette palabre (parce que, finalement, je me suis mise à palabrer !) compris que ces deux mois ont été pour moi une expérience formidable, je ne veux pas pour autant manquer de respect à tous ceux qui y sont restés, à tous ceux pour qui c’est en même temps une chance et un calvaire parfois de vivre là . Je crois sincèrement que le Poverello,c’est beau ! Que tous ces gens qui s’y activent, s’y engagent, c’est beau… Et pourtant, il y a des failles, des plaintes, des « couacs », des jours avec et des jours sans !

J’espère avoir su faire part honnêtement de mon vécu, sans donner dans la dorure.

Pour terminer, je ne manquerai pas d’embrasser tous les pensionnaires que j’ai rencontrés à Banneux, tous les bénévoles qui s’y sont croisés, qu’ils soient de Banneux même, de Tielt, Tongres ou Bruxelles, ainsi que Johan et à toute sa famille.

A plus et pour le mieux,

Catherine

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