Sa vie professionnelle

C’était l’époque où un généraliste pratiquait encore des accouchements à domicile. Au cours des longues nuits d’attente précédant les naissances, il m’arrivait souvent de recevoir les confidences des familles … Je pris conscience de l’ampleur et de la gravité de l’ignorance entourant les réalités sexuelles. Personne ne fournissait de réponse valable; les tabous, les interdits, les peurs foisonnaient. Après dix ans de médecine générale, je me décidai donc à me spécialiser en sexologie. On ne l’enseignait nulle part dans nos pays; je voyageai donc pour rencontrer d’autres chercheurs, puis je m’installai à Bruxelles comme sexologue. Le travail ne manqua pas, durant ces trente années de pratique. Les consultations pouvaient m’occuper de huit heures du matin à vingt-trois heures, heure à laquelle je prenais mon seul repas chaud en compagnie de mon épouse qui m’aidait à établir l’agenda du lendemain. Régulièrement, j’étais désigné comme expert par le Parquet pour des délits sexuels et rencontrais donc des détenus, des patients de cliniques psychiatriques. J’ai donné des centaines de conférences concernant la sexualité et ses problèmes. Ma pratique religieuse était tombée à zéro; mon épouse, elle, est toujours restée profondément croyante.

Un jour de 1973, en pleine consultation, je m’écroulai, épuisé. Pendant huit jours, j’oscillai entre la vie et la mort, en proie à de terribles angoisses. Même en ces moments – cela m’étonne et m’effraie aujourd’hui – je ne pensais pas à Dieu. Dès que je fus transportable, ma famille me fit conduire dans les Ardennes, où j’avais acquis une petite propriété. Je mis des mois à reprendre le dessus; une fois rétabli, je tentai de rejoindre Bruxelles et de reprendre mes consultations, mais c’était trop et je décidai de prendre un peu de bon temps. J’avais tout ce que je pouvais souhaiter; pendant deux ans, je vécus comme un prince, bien décidé à ne plus mettre les pieds à Bruxelles et à profiter de l’argent que j’estimais avoir bien mérité. Cependant, je ne trouvais pas la paix.

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