Sa conversion

Photo Jan Nieuwsblad via Jos +-1982

Photo Jan Nieuwsblad via Jos +-1982

Le Seigneur m’attendait au tournant. En 1975, une première rencontre, banale en apparence, me troubla. J’étais occupé à brosser un cheval … Vient à passer un fermier des environs; je le connaissais. Nous échangeons quelques mots et il me dit tout de go : “Eh oui, docteur ! Dans la vie, on se donne parfois bien du mal pour peu de choses !” J’étais agacé, mécontent, mais sa réflexion me turlupinait … Quelque temps plus tard, le curé d’un village des environs passe me voir. Nous parlons de choses et d’autres, pas spécialement de problèmes religieux. Je fus frappé par l’authenticité de cet homme, que je sentais très dévoué, engagé à fond, détaché de tous biens. Des questions surgirent dans mon esprit : “Quelle est donc sa motivation ? D’où lui vient la force de vivre ainsi ?”

Le dimanche suivant, j’étais dans son église. Je voulais assister à sa messe, la sienne, pas celle d’un autre. Au début de l’Eucharistie, le prêtre annonça : “Je vais vous parler de la souffrance”. Je songeais à part moi : “La souffrance ? Que peut bien m’apprendre ce petit curé à propos de la souffrance ? Je l’ai tant côtoyée depuis plus de trente ans”.   Au moment de l’homélie, le célébrant reprit simplement : “J’ai dit que je vous parlerais du sens de la souffrance”. En même temps, il nous montra très lentement un petit crucifix. J’avais vu des centaines de croix dans ma vie … Cette fois, mon monde s’écroula. Je me mis à pleurer comme un enfant. Entré dans cette église en grand Monsieur, je n’étais plus qu’un tout-petit, brisé, à genoux. Une pensée m’écrasait : “Jésus a donné pour toi jusqu’à la dernière goutte de son sang. Et toi, toi, tu n’as rien fait pour Lui, tu l’as oublié”.

Après la messe, j’ai rejoint le prêtre : “Je ne sais pas ce qui m’a pris …”. Et lui de répondre : “J’ai vu … Tu as rencontré le Seigneur; Il te cherchait depuis longtemps, mais tu n’as pas voulu le voir; maintenant que tu l’as bien regardé, Il ne te lâchera plus jamais”. A dire vrai, je n’y comprenais rien. Le curé m’a passé un livre intitulé “Au coeur des Masses”, écrit par René Voillaume et décrivant la vie des Petits Frères de Jésus, les disciples de Charles de Foucauld. Une heure plus tôt, j’aurais refusé le livre ou je l’aurais accepté par politesse, avant de le ranger quelque part. Pensez donc ! Moi, un livre de spiritualité ?! Mais tout avait changé. L’histoire du Frère Charles m’a passionné : encore quelqu’un de vrai, d’entier, sans compromis. Je me suis remis à prier : j’ai lu le Nouveau Testament; j’ai été enthousiasmé par l’histoire d’autres “vedettes” parmi les disciples de Jésus : Thérèse de Lisieux, dont j’avais autrefois considéré le livre “Histoire d’une âme” avec un peu de mépris, en haussant les épaules; François d’Assise, Don Bosco, Saint Vincent de Paul.

Au bout d’un an de recherche, de réflexion, de prière, j’ai senti qu’il me fallait ‘faire’ quelque chose, me tourner vers les plus délaissés, vers ceux qui n’ont rien.

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