Pourquoi eux et pas les autres ?

La plupart des visiteurs (environ quatre-vingts pour-cent) avaient une situation normale : ils vivaient en famille et avaient leur travail, ils louaient une maison ou en étaient même propriétaires, leurs papiers étaient en règle…  Tout d’un coup les problèmes arrivent, pas un seul, mais plusieurs et d’ordres différents.  Un jour c’est trop… tensions dans la famille, contretemps financiers, dépression… le vase déborde et… on craque.

Pour certains la boisson ou un autre ‘remède’ permet d’oublier un moment… les problèmes ne sont pas résolus pour autant, au contraire ils s’aggravent.  Ceux qui essayaient encore de les aider abandonnent puisqu’ils ont l’impression que toute leur bonne volonté ne sert à rien.  Finalement on arrive dans un hôpital, on est recueilli par un service social ou on se retrouve dans la rue.  Au début on essaie encore de survivre dans son quartier, mais plus tard on va chercher ‘son bonheur’ plus loin, là où l’on est moins connu.  La grande ville, où personne ne s’occupe de personne, où l’on n’est plus confronté à son passé, paraît un lieu privilégié.  Dans l’anonymat, on se sent libre et tant bien que mal on se débrouille.  On essaie de survivre, on rencontre des compagnons d’infortune qui donnent des conseils.  Le lieu de rencontre préféré est le bistrot – pourvu qu’on ait de l’argent – ou la gare.

La chambre ou le petit appartement qu’on a pu louer ne représente pas grand’chose et se trouve souvent dans un quartier délaissé.  Puisqu’on n’arrive pas à payer le loyer à temps, on est obligé de déménager.  Ainsi il arrive qu’on ne reçoive plus son courrier et que l’administration ne sait plus où on se trouve…  et pas de papiers égale pas de droits, donc pas d’allocations.

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